12.11.07

Le cycle finlandais : interview de Christophe Postic

Co-directeur artistique, au côté de Pascal Paulat.

Entre Christophe Postic et les États Généraux, c'est une longue histoire : une histoire de passion pour le cinéma, avant tout. Une histoire d'exigence aussi. Il a construit cette année la programmation du cycle finlandais.


  Depuis quand connais-tu Lussas ?
Depuis la 3ème édition. Je travaillais dans un mouvement d'éducation populaire et j'encadrais dans la région une formation de formateurs à l'audiovisuel. On venait le soir à ce festival.
Et ça nous a plu énormément !

L'année suivante on a monté une rencontre de jeunes réalisateurs, on a obtenu des financements et on est revenu en bande. A ce moment-là, on a fait une feuille de chou qu'on a distribuée dans la ville : c'est la naissance de Hors-champ*. J'y ai travaillé pendant presque 10 ans. Puis j'ai organisé une rencontre autour des lieux associatifs de diffusion. Forcément de fil en aiguille, je suis devenu très proche de l'équipe et petit à petit directeur artistique. Après, le "pourquoi", c'est l'attachement au cinéma.

  Comment t'y prends-tu pour élaborer la programmation ?
Il y a des choses qu'on décide à deux, d'autres c'est moi. Mais il y a toujours une dimension collective, c'est un travail de collaboration avec les programmateurs. Si c'est un séminaire, on va chercher des intervenants, de critiques, des cinéastes, ou on reçoit des propositions. Pour les films francophones, on propose à deux personnes de faire ce travail.

  Comment choisissez-vous les thèmes ?
C'est selon l'actualité professionnelle, politique, intellectuelle... Quand je dis actualité, c'est au sens de ce qui nous préoccupe au présent !
Ca peut être aussi des envies personnelles. Par exemple, le rapport à la parole dans le documentaire, la question du corps dans le documentaire : ce sont des questions sur lesquelles tout a été traité alors il faut trouver un angle d'attaque pointu. Ca part aussi des films qu'on voit.

  Comment s'est fait le choix de la Finlande ?
J'ai découvert le cinéma finlandais avec Antti Peippo et
Eija-Liisa Ahtila, que je connaissais en tant qu'artiste vidéaste. Il y a 3 ou 4 ans, on a déjà fait une petite formation finlandaise d'une journée parce que j'avais vu le film d'Antti Peippo Proxy que je trouve splendide, très très fort. C'est là que j'ai découvert le cinéma finlandais. J'ai eu envie de voir d'autres films. On a ajouté des films récents : le film d'Ahtila, Love is a treasure et un film de Kuivalainen.

Là, je suis parti à tâtons et ça s'est construit petit à petit, en travaillant. Dans un premier temps, les gens de Docpoint m'ont beaucoup aidé dans ma recherche. Je leur ai dit que je recherchais du documentaire de création, des films où il y ait un point de vue et une écriture. Puis j'ai visionné les films et j'ai repéré les grandes lignes, les formatages. Après, des questions de cinéma se sont posées. J'ai essayé de comprendre.

  Qu'est-ce qui t'a particulièrement attiré dans ce cinéma ?
Plusieurs éléments m'ont donné envie d'aller voir du côté de ce cinéma : d'abord il y a une histoire documentaire, ensuite il y a des films récents forts, un courant artistique et puis il y a un festival du film finlandais à Helsinki (Docpoint, créé par
Kanerva Cederström et Susanna Helke), ce qui signifie qu'il y a suffisamment de films  pour créer un cycle. Et dernier point, c'est un pays où le film documentaire bénéficie de conditions de production rares (voir l'introduction de Chr. Postic dans le catalogue du festival, ndlr). 

 Quelles sont les spécificités du cinéma finlandais ?
C'est un mise en scène qui recourt beaucoup à des procédés de fiction : un découpage très présent, beaucoup de montage, et des moyens qui vont avec. Ca crée une atmosphère particulière par rapport aux personnages : on rentre dans un récit monté de toute pièce. Et au milieu de ça, il y a du cinéma direct et des situations qui ne sont pas rejouées. Ca crée un étrange mélange.
La voix off est très très présente, parfois c'est du commentaire mais le plus souvent c'est la personne qui parle et le son n'est pas synchrone, comme une voix intérieure qui parlerait sur le corps en train de faire autre chose.
On a aussi une grande maîtrise cinématographique qui est un choix de mise en scène forte. Pour certains cinéastes, cela permet de construire une représentation. Je pense à Virpi Suutari, qui vient de la photo, ou Susanna Helke. Ca correspond à une façon de raconter leurs histoires qui leur semble intéressante.  Elles ont envie qu'il y ait de l'esthétique :  ce rapport à la belle image m'a surpris, et c'est fait "sans complexes" pour reprendre une expression à la mode... on n'est pas encombré par ça.

Après, il y a aussi des films plus fantaisistes, voire psychédéliques ou kitsch, qui peuvent être déconcertants et qui viennent éclater quelque chose de plus maîtrisé (je pense à The North star, The Purge, et What comes around).

  Est-ce que ce n'est pas un cinéma difficile au niveau de la forme autant que des thèmes?
Non, non, pas du tout
(fermement) : ce n'est pas un cinéma difficile. Ca peut être un cinéma qui dérange parce qu'il peut y avoir des effets de fiction pénibles ou kitsch. C'est un cinéma qui est un peu ailleurs, de la même façon que c'est un pays qui est un peu ailleurs. Il y a sûrement des choses qui nous échappent à cause de la langue mais il y a beaucoup d'ironie dont on ne se rend pas compte. Dans leur façon de parler d'eux-mêmes, il y a beaucoup d'autodérision. Il y a aussi des choses qu'on ne perçoit pas forcément en tant que français. Mais ce n'est pas difficile !

  Les thèmes abordés sont quand même assez lourds : règlements de comptes, maladie, drogue... Je fais écho ce que d'autres spectateurs ont ressenti.
Oui, c'est un peu déprimant comme cinéma. Absolument. Il n'y a qu'à voir le film Les glandeurs : dans un petit patelin, ils sont tous en l'air. C'est le pays le plus au nord, avec des paysages sur des kilomètres, des forêts ou des lacs... Ce n'est pas facile.

  As-tu un film « coup de coeur » ?
Je ne suis pas dans une position de choisir les films parce que je les aime mais parce qu'ils mettent quelque chose au travail, c'est une construction. Un film m'a beaucoup interpellé, c'est Trekker. Au début je l'ai trouvé abominable, plein de clichés, mais c'est le premier documentaire finlandais un peu déjanté que je vois. J'aime bien ces films qui sont plus atypiques. Je trouve Proxy magnifique, c'est un film exécutoire où il règle ses comptes avec sa mère, avec une violence inouïe et c'est en même temps un cinéma de montage qui tient et qui a une force convaincante.


* Le quotidien du festival


Posté par benedicte radal à 20:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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